Quand l’espace réinvente notre façon de manger
Imaginez : vous êtes en orbite autour de la Terre, à 400 kilomètres d’altitude. Pas de frigo, pas de cuisine, et pourtant une mission manger, et surtout aimer ça. Car dans l’espace, le goût devient un défi technologique à part entière. C’est le point de départ de la chronique mensuelle qu’Aurélie d’Assignies, fondatrice de Very Foody, tient sur RCF Lyon dans l’émission M comme Midi. Un voyage qui révèle une vérité surprenante : ce qui a été inventé pour les astronautes finit toujours, tôt ou tard, dans nos assiettes.
Le goût en apesanteur : un sens qui flanche
Premier problème à bord : on ne goûte plus rien comme sur Terre. En apesanteur, les fluides corporels remontent vers la tête, créant une sensation permanente de rhume — les astronautes perdent jusqu’à 30 % de leurs capacités gustatives. La réponse des ingénieurs ? Des saveurs plus intenses, plus umami, plus épicées. C’est d’ailleurs pour ça que le Tabasco est devenu un produit culte à bord de la Station Spatiale Internationale. Et les contraintes ne s’arrêtent pas au goût : zéro miette, zéro coulure, zéro perte. Chaque aliment embarqué est un objet technique, pensé jusque dans sa texture.
C’est exactement le type de problématique sur lequel Very Foody travaille au quotidien avec ses clients industriels : améliorer les qualités organoleptiques, optimiser le goût ou la texture, travailler toutes les dimensions qui composent un produit — goût, texture, odeur, aspect, couleur. L’espace a simplement posé ces questions en mode extrême, avant tout le monde.
Les barres énergétiques ? Merci la NASA
On les croque avant un trail, après une séance de sport, ou en guise de petit-déjeuner express. Pourtant, les barres énergétiques sont nées dans les années 60 pour les astronautes américains, sous la marque Space Food Stick. Denses en énergie, dures pour éviter les miettes, composées de glucose, protéines de lait, matières grasses végétales, cacao et vitamines — elles devaient apporter un maximum d’énergie en un minimum de bouchées, sans aucun risque en apesanteur. Toutes les barres de sport et de trek qu’on trouve aujourd’hui en grande surface descendent directement de cette logique. Une innovation de rupture, née d’une contrainte absolue, qui a fini par transformer un rayon entier de la distribution.
La lyophilisation : conserver sans trahir
C’est sans doute la technologie la plus marquante issue de la cuisine spatiale. Principe : on refroidit tellement la matière que l’eau se transforme en gaz et disparaît du produit — sans chauffer, sans dénaturer. Résultat : des aliments légers, qui se conservent très longtemps, avec des couleurs et des saveurs bien préservées. L’exemple le plus frappant ? La Astronaut Ice Cream, une glace lyophilisée vendue aux États-Unis depuis des décennies : ultra sèche, poreuse, presque mousseuse au toucher, mais qui se réhydrate instantanément en bouche. Aux États-Unis, la marque Mountain House décline cette technologie en plats premium pour le camping. En France, Voyager propose des plats lyophilisés en circuit court, encore confidentiels mais promis à se développer.
Ce qui est intéressant du point de vue de Very Foody, c’est que la lyophilisation illustre parfaitement comment une technique de conservation peut devenir un atout gustatif. Very Foody maîtrise différentes techniques de cuisson et de conservation — stérilisation, pasteurisation, cuisson sous vide basse température, surgélation rapide — avec cette même conviction : la conservation ne doit jamais être l’ennemie du goût.
Alain Ducasse dans l’espace : la comfort food spatiale
On passe à la gastronomie. Le chef étoilé Alain Ducasse a collaboré avec la NASA pour développer des plats adaptés aux astronautes : bœuf braisé, volaille aux morilles, velouté de panais. Le défi ? Des textures ultra moelleuses, jamais liquides, jamais friables, et des saveurs très aromatiques pour compenser la perte de goût. Ces plats, conditionnés en sachets stérilisés, misent peu sur le sel et le sucre, mais beaucoup sur les épices, les herbes et les réductions de jus. La grande cuisine française, avec sa tradition des fonds et des sauces, s’est révélée particulièrement bien armée pour ce défi.
Cette collaboration a aussi poussé à innover sur les process : la stérilisation douce, qui monte à 116 °C mais très lentement — comme une cuisson basse température — préserve bien mieux les saveurs que la stérilisation classique express. C’est exactement le genre de verrou technique sur lequel Very Foody intervient pour ses clients : réduire le sel et le sucre sans sacrifier le plaisir gustatif, formuler en clean label en supprimant les conservateurs, et développer des process sur mesure pour que le produit final soit à la fois sain et vraiment bon. L’umami, la fermentation, les réductions — autant de leviers qui intensifient les perceptions sans alourdir les formulations, et que Very Foody intègre dans sa veille permanente sur les ingrédients et les tendances.
Ce que l’espace nous apprend vraiment
Barres énergétiques, lyophilisation, stérilisation douce, clean label, umami concentré — et même impression 3D alimentaire, puisque l’entreprise américaine BXB a développé pour la NASA une imprimante capable de produire des pizzas depuis des cartouches de poudres déshydratées, sans cuisinier, avec des dosages nutritionnels personnalisés. Presque tout ce qui structure l’innovation food aujourd’hui a été pensé d’abord pour des gens vivant à 400 kilomètres d’altitude, avec des contraintes que personne d’autre n’avait encore eu à résoudre.
Very Foody, en veille permanente sur les tendances culinaires et les ingrédients innovants depuis plus de 15 ans, s’en fait l’écho concret à travers ces chroniques sur RCF Lyon : rendre l’innovation alimentaire accessible, et montrer comment ce qui se passe dans les laboratoires les plus extrêmes du monde finit par transformer nos rayons, nos recettes, et nos façons de manger. L’espace a cette vertu rare : il force à trouver des solutions que personne n’avait encore eu l’idée de chercher. Et ces solutions, invariablement, redescendent sur Terre.